grosse flemme aujourd’hui. En compagnie de Karen, une Israélienne avec qui j’ai dîné la veille, je me traîne jusqu’au 4 étoiles de la ville pour profiter de la piscine. Damned, ils m’ont repéré ! Je dois acquitter 180Rp (le prix de 2 nuits d’hôtel) pour me baigner ! J’ai quand même droit à la serviette et à l’eau chaude dans les douches. L’après-midi, après un thali chargé je m’accorde une pause sur mon lit qui va se transformer en sieste de plusieurs heures. Je retrouve des amis dans la soirée pour aller au cinéma. Là, grand moment. Nous prenons les places les plus chères, en balcon (5FF). Avant le film, les publicités valent le détour, les standards marketing sont vraiment différents des standards occidentaux. C’est incroyable, les annonceurs les plus riches font passer la même pub 2 ou 3 fois de suite (exactement la même, sans intercaler d’autres pubs entre 2 passages !). Le film est un soap/comédie musicale très populaire en ce moment en Inde intitulée « Kuch kuch Hota Hai », ce qui signifie « quelque chose va se passer ». C’est une copie des films américains de type « grease », mais avec des références traditionnelles indiennes. On y voit des étudiants copiant les standards américains : T-shirts Polo Ralph lauren, Calvin Klein, etc..., filles en mini-jupes, casquettes, maquillages excessifs mais accomplissant quand même les rites religieux et fidèles aux valeurs familiales, les parents étant eux habillés à l’indienne avec saris et longis. Les chorégraphies étaient du genre de « thriller » avec aussi des aspects de danse traditionnelle indienne. Les acteurs principaux sont des stars en Inde. L’homme est un gommeux genre playboy italien, la femme est un ancien mannequin. Ce qui est vraiment réussi dans ce film, c’est qu’il est plein d’auto-dérision et que les acteurs ont vraiment l’impression de s’éclater en jouant. Bien sûr, tout cela est très moral. C’est aussi très facile à suivre car, bien qu’en langue indienne, dans mon souvenir il est en version anglaise. Quant au public, il est vraiment dans le film et participe beaucoup, parlant et criant à la moindre occasion.
Journée chargée : j’ai réservé une place dans un tour d’excursion qui va dans 3 lieux réputés intéressants : Belur et Halebid pour les temples hoysala, et Sravanabelagola, un des plus importants centres religieux du jaïnisme. Le tout agrémenté de 8 heures de bus sur des routes défoncées. Le jeu en valait-il la chandelle ? Le temple du jaïnisme n’a d’autre intérêt qu’une statue taillée d’un bloc dans un monolithe, et représentant Bahubali. A part une bite d’un mètre de long, rien de spécial. Les temples de Belur et Halebid sont représentatifs de l’art hoysala caractérisé par des sculptures très fines. Ce sont en effet les temples les plus somptueux que j’aie vu jusqu’ici. Toute la surface intérieure et extérieure du temple est finement ciselée, avec des frises et des sculptures illustrant les grands classiques védiques. On rentre à 9 heures du soir, cassés.
Hier, journée glande. Aujourd’hui, visite au zoo de Mysore, plutôt délabré, mais chouette. Je me refais la réflexion que les indiens ne sont absolument pas concernés par la maintenance ou l’entretien de leurs équipements : tout se déglingue de façon irrémédiable avec le temps sans qu’ils essayent de l’enrayer. Au zoo, les barrières étaient pétées, les bancs cassés, etc... et ça ne choque personne. Comme c’est Dimanche, le indiens viennent en famille. Ils nous regardent comme si on était des pensionnaires du zoo, et souvent, sans même nous demander la permission, viennent se planter à côté de nous pour se faire prendre en photo avec nous par leur époux. Quel sans-gêne ! On doit se battre et leur dire vertement « no photo ! ». Je ne serai jamais une star en France, mais en Inde je comprends ce que ça doit être. Dans la rue, les transports publics, ... les indiens m’abordent sans cesse et posent irrémédiablement les mêmes questions, c’en est presque un rituel : « which country ? What’s your name ? your occupation ? Are you married ? How many children ? ». Parfois ils veulent me serrer la main. C’est réellement gonflant à la longue qu’en général je ne réponds pas, ou alors je dis que je viens du Pakistan (le grand ennemi de l’Inde) et que je suis physicien nucléaire. Tout à l’heure, à un groupe d’étudiants particulièrement collants je brode une histoire et les mène en bateau pendant 1/4 d’heure : je leur dis que je suis israélien, militaire (mon tatoo est le tatoo des commandos). Je leur explique que je n’ai pas le droit d’aller dans le nord de l’Inde car il y a trop de musulmans. Ils me posent des questions sur le climat politique en Israël, je leur dis que je n’ai pas le droit de répondre. Mes camarades font semblant de ne pas comprendre l'anglais. J’explique aux étudiants que ce sont mes gardes du corps et ma secrétaire. Enfin, avant de me quitter, ils veulent me serrer la main et me demandent mon nom. Je réponds « Mossad ». L’israélienne Karen, qui s’était tue jusqu’à présent éclate de rire. Les indiens nous regardent avec angoisse et partent. Le soir, le palais de Mysore est illuminé entre 20h et 21h. C’est le lieu de rencontre des familles qui viennent admirer le spectacle en mangeant des cacahuètes. Après le dîner, nous essayons d’aller au disco. Raté, les seuls endroits de la ville où on peut danser ferment à 23h ! ! Nous rentrons nous coucher, dépités.
Bus ce matin avec Karen pour Bangalore, afin de modifier mon billet d’avion. Bangalore a la réputation d’être la silicon valley indienne, elle a une très forte croissance depuis 5 ans. Même le magazine high tech « wired » a écrit il y a 1 an ou 2 un article dithyrambique sur ce nouvel eldorado. Nous avons beaucoup de mal à trouver un hôtel, tout est cher et complet. Nous atterrissons finalement dans un endroit bruyant et sale, au coin de 2 avenues très passantes, pour 2 fois le prix habituel. En même temps que nous arrive un hollandais qui cherche lui aussi un hôtel depuis des heures. Ce type s’appelle Floris, a dans les 25 ans et voyage depuis 2 ans en Inde, Asie et Australie. Une fois installés, nous partons en promenade. Je m’attendais à voir des gratte-ciels dans des quartiers d’affaires ultra-modernes, il n’en est rien. Il s’agit en fait d’une très grande (3.5M d’habitants) ville indienne avec en effet un quartier européen où on trouve des supermarchés (!), des boutiques Levis, Nike, etc... et des cyber-cafés. Mais derrière les façades de stuck, il y a la même merde et le même délabrement que dans n’importe quelle autre ville indienne. Et comme Bangalore est une ville riche et étendue, il y a plus de voitures particulières et de motos, donc des feux rouges, des bouchons et beaucoup de pollution. Je vais au bureau British Airways confirmer mon billet de retour et acheter un billet Londres-Amsterdam : tant que je suis en Inde, je supporte la séparation avec Marike, mais dès que j’aurais remis le pied en Europe, il me paraît impensable de ne pas pouvoir la revoir tout de suite. Puis je rejoins les autres et en nous promenant nous repérons une sorte de Pizza Hut. Nous sommes comme fous et nous précipitons pour nous gaver de pizzas et boire des litres de Coke. Puis nous allons digérer tout ça au cinéma devant un film américain nul.
Copieux petit déjeuner en ville. Karen qui avait perdu ses cartes de tarot a trouvé un nouveau jeu dans une librairie à Bangalore. Elle nous tire les cartes. Ce qu’elle me dit m’intéresse et me trouble. L’après-midi est essentiellement consacrée à aller à la gare réserver des billets de train. C’est la jungle au bureau de réservations, un immense hall avec une vingtaine de guichets, une file d’une dizaine de personnes devant chacun. Avant d’arriver au guichet, il faut remplir un formulaire avec sa destination, l’horaire, le n° du train, etc... informations que nous ne connaissons pas. Heureusement, des indiens ont des indicateurs des chemins de fer, et nous aident. Comme souvent en Inde, il y a des guichets réservés aux femmes, et un guichets prioritaire pour les touristes (car c’est une grande ville). Nous le repérons, ce qui nous permet de n’attendre qu’une heure. Nous sommes tous les 3, karen, Floris et moi, et avons sélectionné chacun une destination différente. Je réserve une couchette dans un train de nuit se rendant à Hospet. Floris va à Goa et Karen hésite encore au dernier moment, mais décide finalement d’aller à Puna, une ville dans le nord à 3 jours de train. Une fois que nous avons chacun notre billet, nous allons de nouveau au cinéma voir « you’ve got mail ». Vers 21h, nous débarquons dans un des bars branchés pour yuppies, l « underground cafe ». Il y a des lumières tamisées et de la musique dance très forte. Seul problème : il n’y a que des hommes ! Je commande un bloody Mary qui se révèle imbuvable. Comme je me plains, le garçon nie mais finalement rapporte la boisson au barman qui avoue avoir oublié de mettre de la vodka dedans. Par contre, il avait fait le plein de chili sauce dans le jus de tomate !! L’ambiance est vraiment trop glauque, les gens ne s’amusent pas. Nous rentrons à l’hôtel jouer aux cartes.
Hier nous avons un peu traîné avec Karen et Floris, avant d’aller à la gare où Karen devait prendre son train à 17h. Le mien est à 22h. Je m’installe dans la salle d’attente et prends mon mal en patience. Les salles d’attente n’étant pas mixtes en Inde, il n’y a là que des groupes d’hommes qui discutent, mangent, se changent, etc... Il est visible que pour certains d’entre eux, la correspondance entre 2 trains dure plus de 24 heures. Je suis le seul blanc ici, et je m’ennuie ferme. Il y a un pèse personne payant avec des lumières clignotantes. Pour 1Rp, on obtient son poids imprimé sur un petit bout de carton avec son horoscope. Sur le mien est écrit « Romantic interest will become favourable shortly ». Je rentre dans 10 jours, je prends ça comme un bon présage pour nos retrouvailles avec Marike. Il est finalement l’heure d’y aller. J’ai une couchette de 2ème classe. Dans le wagon il y a beaucoup de familles, mais aussi quelques routards, dont un couple de suédois avec qui je sympathise. J’ai la couchette du haut, ce qui est bien dans un sens, mais je me rends compte rapidement que ce n’est pas la meilleure place, car je suis balayé en permanence par l’air refoulé par les 2 énormes ventilateurs installés au plafond. Ils font un bruit très énervant, mais sont indispensables pour refroidir un peu l’air chauffé par la structure métallique du wagon écrasé sous le soleil le jour durant. La nuit n’aura tout de même pas été trop mauvaise. Arrivé à Hospet, bus pour Hampi, un petit village en bordure d’une rivière et de ruines d’une ancienne cité royale. Il n’y a en gros qu’une rue principale bordée de maisons et de guesthouses. En contrebas se trouve la rivière, qu’on peut traverser dans des bacs rudimentaires faits d’une armature de bambou recouverte d’une toile de jute enduite de goudron. Les bacs sont ronds, comme des demi-balles de tennis, et particulièrement instables ! Ils sont manœuvrés par des jeunes hommes nonchalants qui rackètent les nombreux routards désireux de traverser. En effet, de l’autre côté de la rivière se trouvent quelques paisibles campements de huttes moins chères que les guesthouses du village. C’est là que résident les hippies. Je traverse pour aller dans le campement que m’a recommandé Karen. A côté des huttes en palme sur sol de terre battue, ils ont construit des cahutes en torchis, un peu plus solides et propres. C’est une de celles-ci que je loue. Elle est à 80Rp (14FF) contre 30Rp (5FF) seulement pur les huttes. Il y a de ce côté-ci de la rivière une majorité d’Israéliens, qui fument leurs bang à découvert, sans complexe. Ils arrivent directement de Goa pour se reposer. Les israéliens, une fois leur service militaire terminé, partent s’éclater en Inde et au Népal. Là, ils se lâchent après 2 ou 3 ans de caserne. Ils envahissent Katmandou et Anjuna (à Goa), se déplacent en meutes et sont très bruyants et « présents ». Le paysage à Hampi est fabuleux, un terrain lunaire accidenté bordé par la rivière et des champs de riz en plateau d’un vert intense. En fin d’après-midi, je monte sur les rochers admirer le coucher de soleil. Il y a là les freaks habituels avec leurs joints et leurs tam tam. La vue est superbe et le coucher de soleil impressionnant. La fraîcheur de ce début de soirée est la bienvenue, il commence à faire très chaud ces temps-ci. Je passe la soirée avec une américaine, la seule à part moi qui ne soit pas israélienne dans notre guesthouse. Les israéliens quant à eux font un sitting à 20 avec musique techno trans et drogue à gogo.
Le matin je passe la rivière pour visiter les ruines de la cité royale de Hampi. Je me laisse attirer par un marchand de bijoux qui a un petit stand dans la rue. Je suis intéressé par un bracelet, une bague et 2 snakes, le tout en argent. Les snakes sont des bracelets souples composés de maillons qui s’emboîtent les uns dans les autres tels les anneaux d’un serpent. Parti d’un total à 1350Rp, je finis par emporter le tout à 950Rp, après 1/2 heure de pourparlers et de marchandages. Pas mal, mais me suis-je quand même fait rouler ? Je ne le saurai jamais. Il y a dans les rues de Hampi toutes sortes de marchands ambulants et de mendiants qui vous harcèlent en permanence : « hello baba, 5 oranges 10Rp, OK ? » « hello baba, would you like to see my shop ? », etc ... Comme il n’y a qu’une rue principale, on a vite fait le tour. Je loue un vélo pour visiter les ruines qui s’étendent sur plusieurs kilomètres. En chemin, je rencontre Lilash, une des jumelles israéliennes vues à Peryar 2 semaines auparavant. Je pars donc sous le cagnard et vois de nombreux temples, des enceintes, les fondations de nombreux batiments. Les étables royales ont des box immenses. Normal, c’était des étables pour éléphants ! Un des temples est appelé « temple souterrain », il est en effet creusé dans le sol, la chambre interne baignant dans 10cm d’eau croupie. Vers 14h, il fait extrêmement chaud, et je décide de rentrer au village. Je rencontre Christian, l’autrichien de Mysore, mais il repart le soir-même. Je pars alors à la recherche d’un endroit qu’au cours des dernières semaines de nombreux travellers m’ont conseillé : le « mango tree restaurant ». Christian m’explique comment s’y rendre : il faut prendre un petit sentier qui musarde entre les bananiers et leurs canaux d’irrigation. On arrive alors au restaurant qui domine la rivière et les rizières et est en effet à l’ombre d’un immense manguier. Ici pas de tables ni de chaises, on s’assoit sur des nattes à même le sol, qui a été creusé à flanc de colline de façon à faire des degrés comme pour les cultures en escalier. Les clients sont les freaks habituels. Ils sont à moitié allongés par petits groupes, parlant bas, et contemplant la vue splendide un joint à la main. Hampi est vraiment avec Pushkar et Gokarna une des villégiatures hippies, c’est paisible, et la drogue est tolérée car il n’y a pas de présence policière. Je reste là quelques instants à profiter du calme de cette fin d’après-midi, puis je reprends le bac pour l’autre côté de la rivière, direction la guesthouse. J'arrive à temps pour monter avec Julie sur les rochers pour le coucher de soleil. Comme hier, c’est un peu brumeux. Je dîne avec Julie et un autre type.
Aujourd’hui, je repars en promenade. Vers midi, j’arrive à des ruines isolées d’un temple au bord de la rivière. Comme on est Samedi, les familles indiennes viennent y pique-niquer, s’asseyant sous les voûtes du temple au bord de l’eau. Les vaches déambulent lentement entre les colonnes, finissant les restes. Je rentre au village vers 2 heures et m’installe à une terrasse au bord de la rue principale. Pendant que j’absorbe mon ragoût de pommes de terre, une vache fait son sort à un carton. De l’autre côté de la rue, un vieux type d’une cinquantaine d’années avec un bras plus court que l’autre est assis en tailleur par terre devant un vieux pèse-personne, attendant les clients. En un quart d’heure pas un ne s’est montré, mais il a toujours été très occupé, à épousseter son pèse-personne, lire une minute son journal, le replier et le ranger consciencieusement à côté, le reprendre au bout de 10 secondes, s’éponger le front, parler avec un passant de ses amis, chasser un chien des rues, éloigner la vache qui après son carton cherchait à prendre le journal en guise de dessert, etc ... Par la suite, je retourne au restaurant « Mango tree », où je retrouve Julie l’américaine, Anne-marie et Marcus les Suédois et Aroun un autre américain. Je commande un « bang lassi », un verre de lait de chèvre avec de l’herbe dedans. La boisson associée à la chaleur étouffante me plongent dans un douce torpeur bien agréable. Vers 6 heures, je rentre à la guesthouse et escalade les rochers comme chaque soir pour le sunset. Comme il y a eu du vent aujourd’hui, l’air est limpide et le coucher de soleil superbe. Il y a les hippies habituels avec leurs shiloms et leurs flutes. Soirée tranquille à discuter et lire.
Ce séjour commence à arriver à son terme et je le sens. Une partie de moi pense déjà au retour et maintenant que nos retrouvailles sont proches, Marike commence à me manquer cruellement. Hampi est tellement calme, j’ai besoin de changement, d’action, je décide donc de partir ce soir pour Goa au lieu de demain comme prévu. Julie part aussi, pour Poona, où elle va dans l’ashram d’Osho, le gourou médiatique des années 70. Cet ashram est très populaire chez les occidentaux et il dispose de structures d’accueil très modernes et ... chères. Là on peut apprendre toutes sortes de techniques de méditation spécialement adaptées pour les yuppies pressés. Osho est mort en 1990, riche à millions, et tout cela paraît un peu sulfureux. Julie me promet de m’envoyer un mail pour me donner ses impressions après-coup. Comme je prends mon déjeuner dans la rue principale, je rencontre Ursula, une néerlandaise que j’avais connue à Auroville voilà plus d’un mois ! Elle avait alors une dysenterie et était en observation au centre de soins d’Auroville. Il semble que ça aille un peu mieux maintenant. Cette fille est vraiment incroyable : elle voyage seule et veut vraiment aller à la rencontre de l’Inde authentique, pas comme la plupart des travellers (y compris moi) qu’on voit d’habitude. C’est une étrange coïncidence car justement je parlais d’elle dans la conversation hier soir.
Je suis à Vagator, une des plages de Goa un peu à l’écart d’Anjuna, la plage des ravers. Je reviendrai plus loin sur le voyage effroyable entre Hampi et Goa. Pour le moment il est 18h et je suis sur la plage face à un coucher de soleil qui s’annonce prometteur. Quel choc ! Cette plage est pleine d’une faune mélangée de freaks, de travellers et de ravers. Vagator est tout petit, la plage doit faire dans les 500m de long et doit accueillir environ 300 personnes. Contrairement à Kovalam qui est fréquentée par des touristes ordinaires, ici chaque personne est un cas. Ce ne sont que mâles athlétiques, dreadlocks, tatouages, piercings et accoutrements typiques Goa. Des dizaines de personnes sur la plage jonglent avec des balles et des bâtons, d’autres avec des diabolos, d’autres encore méditent nus ou jouent du didgeridoo. Toutes ces personnes sont tellement lookées et exubérantes que je me sens inhibé, j’ai du mal à trouver mon équilibre. J’envie leur nonchalance, leur ego déformé, leur lutte incessante pour être le plus cool possible. Même après 10 ans de thérapie je ne serais jamais comme eux, je n’arriverais jamais à cette approche 100% ludique de l’existence. Tous ces gens restent ici des semaines entières et forment une communauté new age. Retour sur le voyage : j’ai réservé une place dans un bus « sleeper » entre Hampi et Goa. En fait de sleeper, c’est la meilleure méthode pour ne pas dormir : chaque couchette accueille en fait 2 personnes, ce qui créée une promiscuité plus que gênante. De plus le bus n’a pas l’air conditionné et les fenêtres sont cassées, bloquées en position à moitié ouverte, ce qui signifie que tant qu’il fait jour on crève de chaud et plus la nuit avance plus on a froid, balayé par les courants d’air. A 23h, on crève un pneu, puis à 3h du mat’, ils nous font changer de bus, Dieu sait pourquoi. Tout le monde est furieux, et nos conducteurs goguenards se font copieusement insulter. J’ai réussi à squatter une couchette seul, mais je suis à l’arrière au dessus de l’essieu, et vu l’état des routes, je me retrouve souvent en état de lévitation, avant de retomber lourdement ! Pour ajouter un peu de piment à cet enfer, mes intestins qui sont assez capricieux depuis le début du séjour me jouent des tours et je profite du swap de bus pour m’esquiver d’urgence dans les buissons espérant 1)qu’il n’y a pas de scorpions/serpents là où je m’accroupis 2)que le bus ne partira pas sans moi ! Finalement à 7h du matin, le bus s’arrête au milieu de nulle part et ils nous lâchent en proie aux taxis qui veulent absolument nous acheminer vers les plages moyennant des sommes astronomiques bien sûr. Je suis d’une humeur massacrante et je les envoie tous chier, dussé-je marcher des heures. Difficile de se repérer mais après 10 minutes de marche j’arrive au bus stand et 2 bus et 2 heures plus tard je suis à Vagator, effondré de fatigue.
Dans le bus local qui nous mène à Vagator, je rencontre un Suédois, Peter, un disciple d’Osho qui vient se détendre quelques jours à Goa avant de reprendre les sessions à l’ashram de Poona. Ce type a environ 35 ans et ne vit que dans les communautés d’Osho à travers le monde, subsistant grâce à ses indemnités de chômage suédois. Il porte autour du cou un collier de grosses perles noires en bois avec en médaillon le portrait 3D hologramme de son mentor Osho. Ce type est tellement imbibé d’Osho qu’il en parle tout le temps, et n’écoute pas ce qu’on lui dit. Bien sût, il a réponse à tout, et trop content d’avoir un public non averti (moi et 2 filles rencontrées sur la plage, une allemande et une danoise), il nous inonde de sa loghorrée verbale. A chaque fois que je n’étais pas d’accord avec lui et que j’essayais d’argumenter, il me renvoyais des absurdités sous forme de parabole. La seule chose que je ne peux qu’admirer chez lui, c’est qu’il déborde d’énergie ! En vrac, ce que j’ai retenu de son exposé : 1)il existe de nombreuses techniques de méditation, toutes visant à l’élimination des barrières conscientes par la répétition sur une longue durée de la méthode choisie. Ceci doit amener le pratiquant à atteindre le satori ou « niveau divin ». 2)parmi les exercices proposés, on peut citer « rire pendant 3 heures, puis pleurer pendant 3 heures », « parler pendant 1 heure une langue qu’on ne connaît pas avec un autre participant qui fait de même », « serrer dans ses bras 100 personnes dans la journée », etc... 3)à propos des incitations à pratiquer le free sex entre participants (tant décrié par les médias), la raison en est que tant que le participant ne se sera pas débarrassé de ses pulsions sexuelles par une pratique intense, il ne sera pas encore prêt à aborder la méditation en toute sérénité. Fumeux, non ? Lors de la soirée, Peter a bien insisté sur ce point auprès des filles et sur le fait qu’il était célibataire. Elles ont pu en déduire je crois qu’il n’avait pas encore atteint le degré de sérénité requis. A bon entendeur ...
Je suis sur la plage en train d’écrire, pendant que les vaches passent nonchalamment entre les hippies avachis, récupérant de leurs excès de la veille. Aujourd’hui est Holi, une fête indienne célébrant la fin de l’hiver et l’arrivée de l’été. C’est la fête des couleurs et les enfants se promènent dans les rues et attaquent les passants bienveillants avec des bombes de couleur. Comme c’est jour férié, la plage est envahie par des groupes d’hommes indiens qui se promènent lentement (se tenant par la main) en matant ostensiblement les nanas. C’est vraiment pathétique de voir des mecs aussi frustrés. Pour le coucher de soleil, je vais au « 9 bar » (nine bar), un grand bar en plein air situé sur la falaise qui domine la plage, et où les gens ont l’habitude de se rassembler pour préparer la soirée. C’est vraiment agréable de se trouver sur la plage quand le soleil décline, et petit à petit de sentir les vibrations des basses de techno propulsées par la grosse sono du « 9 bar » en warm up : c’est l’appel pour le sunset, et tout le monde commence à plier ses affaires et à converger lentement vers les sentiers qui escaladent la falaise en direction du 9 bar. Bref, au 9 bar je retrouve Floris, ce Hollandais avec qui j’avais passé quelques jours à Bangalore, Peter et les 2 nanas. Autour du bar, il y a un incessant va et vient de motos qui déversent leur lot de freaks. Ils ont tous des Enfield noires avec le guidon corne de vache et se la jouent très bikers, avec leur nana en mini-short cramponnées derrière. Bientôt, le bar est plein et croule sous les décibels, l’alcool et la drogue. L’air est chargé de la fumée des shiloms, alors que la nuit tombe et que tout le monde se met en train. Ce soir, c’est full moon, ce qui signifie qu’il va y avoir une party. D’après les infos que nous récoltons, elle aura lieu sur la plage d’Anjuna, la plage des ravers et des israéliens à 3km de Vagator. Nous décidons d’y aller après dîner. Rien de spécial à dire sur cette soirée, une sono, quelques lumières, de la techno Goa trans et beaucoup de monde qui danse, chacun dans son trip. Je suis un des rares qui n’ai pas pris de speed (acid, LSD), et je ne suis un peu décalé. Pour les purs et durs, la party durera jusqu’au lendemain 17h ! !
Aujourd’hui comme chaque mercredi se tient le marchéaux puces d’Anjuna, à ne pas manquer paraît-il. C’estun peu décevant : les nombreux marchands indiens ettibétains vendent grosso modo la même chose qu’ontrouve partout ailleurs. Il y a bien sût toutes sortesde mendiants, d’éclopés et de lépreux qui m’assaillenten permanence. Ca ne me fait plus ni chaud ni froid.Un type qui marche à 4 pattes les jambes atrophiées ?un cas d’elephantasis ? Rigolade ! De l’air ! Je faisjuste attention de ne pas être touché par ces gravuresvivantes pour traité de dermatologie. De passage dansune allée, j’esquive de justesse un nettoyeurd’oreilles qui essayait de me prendre par surprise !Je rencontre en passant Randi et Eva qui sont en traind’acheter comme des folles. Nous nous donnonsrendez-vous au 9 bar pour le sunset. Nous y retrouverons Peter, l’Osho freak, qui nous distrairatoute la soirée avec ses théories, le sexe en étant unélément récurrent. Il a visiblement fait une touche avec l’allemande, qui se cramponne à lui tout lechemin du retour.
Ce matin Peter, Randi et Eva sont passés à maguesthouse prendre le petit dej’ avec moi avant departir pour Arambol, une plage plus calme à 30km aunord. J’aimerais les suivre mais je dois encorearranger mon billet d’avion pour Madras aujourd’hui,et après il ne reste qu’une journée avant mon départSamedi. Après avoir passé la matinée à Anjuna, je suisà la plage cet après-midi. Contrairement aux joursprécédents, la plage est bondée. Je remarque à quelpoint le string ficelle est populaire chez les hommes.Floris me rejoint et nous allons comme d’hab’ au 9bar, qui est vraiment plein ce soir. Au resto où nousdînons ce soir, nous rencontrons un belge flamand quiest venu en Inde par la route avec son combi VW :Allemagne, Autriche, Italie, Turquie, Iran, Pakistan,Inde. Je trouve ça incroyablement culotté. Ce type n’al’air de rien comme ça, mais il accomplit des chosesincroyables (comme ce couple de suisses qui venaientd’Europe en tandem, ils avaient l’air à première vuede bons petits bourgeois qui vont tous les ans envacances dans le même camping !). Pour subsister, ilprofite d’une disposition du ministère du travailbelge, qui permet à tout employé de prendre une annéesabbatique tout en touchant 5000FF par mois. Ceci est renouvelable 5 fois ! 5000FF est largement suffisantpour voyager, même à deux (c’est ce que faisaient cecouple de belges rencontrés à Peryar).
denier jour à la plage. J’arrive relativement tôt – vers 10h30. A part moi, 2 ou 3 autres baigneurs et une quinzaine de vaches. Journée paisible avec Floris, mon copain néerlandais. Il fait très très chaud, et la basse saison commence. En fin d’après-midi, je monte au 9 bar une dernière fois. J’aimerais prendre des photos de tous ces gens super lookés. Ce bar accueille vraiment un concentré de culture underground techno typée Goa. Je remarque un nombre impressionnant de Japonais, tous totalement déjantés, avec des tatoos extrêmes et des vêtements fluo. Pour ma dernière soirée, nous allons dîner dans un resto branché. Nous y rencontrons 3 anglais avec qui on joue aux cartes. En rentrant, il s’avèrent qu’ils occupent la chambre à côté de la mienne dans la même guesthouse !
Mauvaise nuit. Trop chaud. Depuis 3 jours, un chat vient vers 3 heures du mat’ me voler des biscuits et se faire caresser (il vient surtout pour les biscuits). Ce matin, le cousin du proprio m’accompagne en voiture à l’aéroport de Goa. La route longe la côte autour de Panaji, la capitale. C’est vraiment très beau et sauvage. Des cocotiers et des petits chantiers navals qui construisent chacun 1 ou 2 ferrys pour aller de presqu’île en presqu’île. L’influence portugaise se fait ressentir dans l’architecture des maisons de type colonial, mais aussi dans le mélange racial et le métissage. Je passe les détails du vol entre Goa et Madras, c’était le bordel à l’indienne comme d’habitude. Arrivée à Madras à 18h. Pas de bus à destination du centre ville. Après des négociations sans fin (je ne suis plus un bleu), je finis par prendre un rickshaw qui roule comme un malade dans le trafic très dense de l’heure de pointe. J’ai l’habitude maintenant, mais ça impressionne quand même, surtout dans les grandes villes. Je trouve un hôtel dans un quartier populaire. J’ai 2 jours à passer dans cette mégalopole (3 millions d’habitants) sale et polluée avant mon vol de retour. Je sais que l’impatience du retour va mettre mes nerfs à rude épreuve. Dans ma tête, je ne suis plus en Inde, mais déjà à Amsterdam, dans les bras de ma douce, j’arrête donc là mon journal. Anecdote tout de même avant de finir : un avion cargo d’Air France s’est écrasé sur la piste principale dans la nuit de mon arrivée, l’endommageant au point de la rendre inutilisable. Tous les vols long courrier sont interrompus. J’apprends ça dans le journal du matin, et là je deviens fou. Je passe le Dimanche dans l’incertitude, mais finalement la piste est réparée le jour de mon départ. Je prends ça comme un pied de nez du destin ...
Copyright ©1999-2006 by de Cuzey. All rights reserved. * Contact *